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par Benoît Junod
(considérablement inspiré d'un
article de Mme Germaine Meyer-Noirel,
publié dans L'Ex-libris Français, vol. X, 1989, pp 209-214,
et d'un texte preparé par le Dr. Ottmar Premstaller
pour le Congrès de Wels, 2004, avec
quelques ajouts trouvés dans des
publications anciennes.)
Les
origines...
L’ex-libris, en tant que petit feuillet
d’art graphique collé dans un livre pour
en identifier le propriétaire, existe
depuis plus de cinq cents ans. La
première utilisation de la presse à
caractères mobiles par Gutenberg
provoqua un rapide développement des
bibliothèques dont les propriétaires,
fiers de leurs possessions, choisirent
d’en marquer les livres avec des
ex-libris imprimés, qui sont souvent en
même temps des estampes d’art.
Hormis quelques rares exceptions, comme
celle de Sarah Banks ou d’une collection
allemande datant du 18ème siècle dont le
propriétaire n’a pas été identifié, et
celle d’Adélaïde Le Caron de Fleury
(constituée entre 1780 et 1793) ou de
Miss Jenkins de Bath (active c.1820),
l’engouement pour la collection des
ex-libris n’a réellement commencé qu’un
peu avant 1870. Quand cela arriva, et en
raison de l’intérêt historique,
sociologique et artistique de ces petits
imprimés, la mode se répandit comme un
feu de paille. Des sociétés de
collectionneurs furent fondées à Londres
et Berlin en 1891, ainsi que dans de
nombreuses autres capitales européennes
dans la décennie suivante. Ces sociétés
permirent et encouragèrent les contacts
entre collectionneurs. Des périodiques
comme les revues, livres de l’année etc.
donnèrent la possibilité à des lecteurs
vivant loin les uns des autres de
correspondre et d’échanger des ex-libris
et des connaissances concernant les
objets de leurs collections. Sur le côté
droit de cette page, il y a des
illustrations de plusieurs de ces
publications.
Les
rencontres et réunions d’exlibristes
dans des villes majeures comme Berlin,
Londres, Paris ou Viennes leur permirent
de se rencontrer réellement. Au début,
l’objet de collection fondamental était
les ex-libris anciens, en particulier
les œuvres rares et esthétiquement
attrayantes, mais très vite beaucoup de
collectionneurs élargirent leur intérêt
pour inclure, par la voie des échanges,
leurs ex-libris contemporains. Ils
commandèrent des ex-libris non seulement
pour leurs bibliothèques – et parfois
pour différentes sections de celles-ci -
mais également dans le but de les
échanger. Certains ex-libris, depuis les
années 1920, tendent à devenir de
petites estampes d’art signées et
numérotées par leurs auteurs, plus
souvent échangés que collés dans les
livres; ils se doivent pourtant d’être
conçus pour être placés dans des livres
comme marque d’appartenance à un
individu ou à une institution afin de
justifier l’appellation ex-libris et
pour être convoité par les
collectionneurs d’ex-libris plutôt que
par des gens intéressés uniquement par
les estampes ou les arts graphiques en
général.
La mode
étant toujours éphémère, de nombreuses
sociétés d’exlibristes cessèrent de
fonctionner dans les premières décennies
du 20ème siècle. Il y avait en outre un
intérêt moins marqué pendant la période
1930-1950, causée par la crise
économique et la seconde guerre
mondiale, mais ‘l’ex-librisme’ se trouve
en constante expansion depuis. En 1949
déjà, de nombreuses sociétés ayant été
rétablies, l’un des collectionneurs les
plus actifs, Gianni Mantero, avec le
soutien de l’éditeur Luigi Bolaffio,
également italien, le suisse Carlo
Chiesa, Johan Schwencke des Pays-bas, et
Hubert Woyty-Wimmer et Toni Hofer, tous
deux autrichiens, lancèrent l’idée
d’organiser un meeting international
pour réunir des gens partageant un
intérêt pour l’ex-libris. Il considéra
avec raison que les échanges d’estampes
par correspondance ne remplaceraient
jamais les contacts directs rendus
possibles par ce genre de congrès,
spécialement entre collectionneurs et
artistes.
Premiers
congrès...
En 1953, à Kufstein (Autriche), une
réunion appelée pompeusement ‘congrès’
réuni quelques soixante personnes de
sept pays différents. En 1954, un
événement similaire pris place à Lugano
(Suisse), suivi d’un autre en 1955 à
Anvers (Belgique), en 1956 à Francfort
(République fédérale d’Allemagne), et en
1957 à Amsterdam. Les participants
furent si heureux de ces rencontres que
l’expérience fit boule de neige et en
1958 quelques 150 personnes de 12 pays
européens se rencontrèrent à Barcelone
(Espagne).
A voir la taille croissante des congrès
et le fardeau que c’est pour les
organisateurs, il fut décidé qu’il
prendrait place chaque deuxième année.
Les lieus de rendez-vous furent décidés
en une fois : ce serait Vienne en 1960,
Paris en 1962 et Cracovie en 1964.
Ces congrès d’apparence informelle
avaient déjà pris d’importantes
décisions. En 1958, G. Mantero et A.
Herry présentèrent une liste de symboles
pour des techniques utilisées dans
l’ex-libris imprimé et qui fut adoptée
par le congrès et remplacé par une
nouvelle liste seulement en 2002 au
29ème congrès de la FISAE. Au congrès de
Paris en 1962, des listes d’échange
modèles pour collectionneurs furent
adoptées et une proposition fut faîte de
fonder une fédération de sociétés
d’ex-libris dans le cadre de l’UNESCO.
Ce projet fut abandonné, non seulement
parce que le support institutionnel
était difficile à obtenir rapidement,
mais parce qu’il y avait un certain
nombre de sociétés d’Europe de l’Est
avec lesquelles les sociétés d’Europe de
l’Ouest ne voulaient pas couper les
liens.
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La
fondation de la FISAE,
Hambourg 1966.
Carlo Chiesa, Germaine Meyer-Noirel,
Gianni Mantero
(cliquez
sur la photo pour l'agrandir!) |
Comment la FISAE
a vu le jour...
En 1965, lors d’une réunion de
l’Association Française pour la
Connaissance de l’Ex-libris, à laquelle
assistaient Gianni Mantero et Albert
Collart, alors secrétaire de la revue
belge Graphia sur l’ex-libris, l’idée
fut lancée d’appeler la Fédération FISAE,
sur la base des initiales de son titre
en français. Quelques semaines plus
tard, Jean-Charles Meyer - le mari de
Mme Meyer-Noirel – rendit visite à
Gianni Mantero à Como et à Carlo Chiesa,
un ex-libriste suisse très influent, à
Lugano, et les brouillons des statuts
furent préparés. Ils furent alors
envoyés à 25 sociétés d’exlibristes afin
d’être commentés, et 17 d’entre elles
répondirent assez favorablement. Quand
le congrès de 1966 s’ouvrit à Hambourg,
le débat était encore animé. La plupart
des articles et des concepts n’étaient
pas controversés mais il y avait un
projet de contribution financière
directe des membres de la société à la
FISAE qui dût être abandonné, car son
maintient aurait empêché de trouver un
consensus.
Ainsi les statuts furent adoptés par
quinze sociétés fondatrices, celles
d’Autriche, de Belgique (N.E.K et
Graphia), du Danemark, de la République
fédérale d’Allemagne, de France, de la
République démocratique d’Allemagne, de
Hongrie, d’Italie, des Pays-bas, de
Pologne, du Portugal, d’Espagne (A.E.B),
de Suède et de Tchécoslovaquie. Tous se
félicitèrent d’avoir pu y arriver ‘sans
aucune implication financière’. La
question d’une contribution financière
obligatoire par les sociétés membres a
constamment été refusée. Les langues de
travail établies furent l’allemand, le
français et l’anglais. Au congrès
d’Oxford de la FISAE en 1982, le délégué
belge Leo Winkeler proposa que soit
ajouté le néerlandais (ou le flamand),
mais même la délégation néerlandaise
était contre l’idée, et les langues
officielles restèrent au nombre de
trois.
Pour assurer la continuité en l’absence
de siège permanent, les statuts
prévoient qu’à chaque congrès, le
président de la société du pays dans
lequel le prochain congrès doit avoir
lieu, prenne la présidence. Il est
assisté de deux vice-présidents, les
deux personnes l’ayant immédiatement
précédé dans ces fonctions. La FISAE a
un secrétaire exécutif, qui depuis
maintenant plusieurs années est le
Professeur W. E. Butler, collectionneur
et éditeur de ‘Bookplate International’
(son adresse se
trouve sur la page 'Autres
institutions et contacts et il y a
un lien e-mail sur la page contact).
A quoi
ressemblent les congrès FISAE?
Bien évidemment des sociétés nationales
de passionnés d’ex-libris organisent des
congrès locaux pratiquement chaque
année. Certains d’entre eux sont ouverts
à tous les collectionneurs, d’autres
sont réservés aux membres de la société.
Certains ont une forte participation
(par exemple la société allemande
d’ex-libris) et d’autres ne réunissent
qu’une douzaine de personnes. Ils
peuvent être d’un grand intérêt, bien
que sans quelques notions de la langue
locale des difficultés puissent se
poser… Mais aucun d’entre eux n’a le
caractère international et les
possibilités de contact offertes par les
congrès FISAE. Une fois tous les deux
ans, ce sont des évènements
incontournables pour les collectionneurs
et artistes d’ex-libris. Le nombre de
participants reste assez stable, avec
160 personnes à Barcelone en 1958, 260 à
Como (Italie) en 1968, environ 170 à
Frederikshavn en 2002, 400 à
Monchengladbach (Allemagne) en 1990 et
au Pays de Galles en 2004, et plus de
500 à Chrudim (République Tchèque) en
1996. Les congrès plus grands présentent
à la fois des avantages et des
inconvénients – le premier avantage
réside dans la variété des
collectionneurs et des artistes
présents, mais il est alors également
plus difficile de rencontrer toutes les
personnes qu’on voudrait!
A chaque congrès, une société ou plus a
rejoint la FISAE : la Suisse en 1968, la
Slovénie en 1970, la Grande-Bretagne en
1972, les USA en 1974, la Finlande et le
Canada en 1976 (ce dernier est
actuellement inactif), le Japon en 1982,
la Chine, la Russie, le Luxembourg,
l’Italie, et Israël en 1988 (également
inactif), l’Estonie, l’Espagne (la
société catalane) et le KME de Pologne
en 1990, la Lithuanie en 1992, l’Ukraine
et le Cercle Ex-libris de Belgrade en
1996, la Turquie et le Mexique en 2000
et l’Argentine, l’Andalousie (Espagne)
et Taiwan en 2002.
Les cotisations d’inscription au congrès
de la FISAE sont utilisées par la
société organisatrice pour couvrir les
coûts de programme, des publications,
d’affichage, de location de salles, les
services de transport offerts pour les
vernissages, la surveillance des
expositions, les badges etc. et - bien
sûr ! - un dîner officiel. Les frais de
participation oscillent généralement
entre 150 et 170 euros par personne, et
un peu moins pour les accompagnateurs.
Les organisateurs essayent de proposer
une gamme d’hôtels du cinq-étoiles à
l’auberge de jeunesse, de manière à ce
que les congrès soient accessibles à
tous.
La raison principale qui pousse les gens
à prendre part aux congrès est de nouer
des contacts avec d’autres
collectionneurs et artistes, pour
échanger des ex-libris et pour en
commander d’autres. Il y a
habituellement des expositions
d’estampes d’art à voir, à la fois
historiques et contemporaines, de même
que des conférences avec support visuel
(bien que l’absence de traductions
puisse parfois les rendre difficiles !).
Il y a toujours quelques stands qui
vendent des ex-libris et des livres sur
les estampes. Il y a aussi, bien
entendu, une réunion des délégués des
sociétés membres qui décident de
l’endroit où le congrès se tiendra
quatre ans après, et confirme celui
d’ici deux ans. D’autres sujets
d’intérêt commun sont également abordés.
C’est sans aucun doute la convivialité
de ces rencontres de 3-5 jours qui les
rend si agréables et l’opportunité
d’être avec un groupe de gens partageant
les mêmes intérêts et la même passion
pour les ex-libris.
Lien à l'histoire congrès par congrès ->
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